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en Avril: le secret de maître Cornille a été dévoilé

Le week end dernier, la maison d'Alphonse Daudet a vécu autour du conte "Le secret de maître Cornille". Plusieurs ateliers: pains, contes, dessins, et même ballons. Projection d'un film. Intervention de Mathilde Bost, comédienne et de Nicolas Stutzmann, artiste en résidence.

Ainsi, la maison Daudet se trouve dotée d'un nouveau tableau et d'une nouvelle histoire, tous deux inspirés de ce conte sur la solidarité et sur le progrès (progrès?).

D'autres nouvelles: petit à petit,les portes sont restaurées et mises aux normes (merci Jean-Claude!), nous installons un espace "incroyables comestibles" près du kiosque: vous pouvez apporter des plants, des graines, du terreau... en attendant les récoltes! La boîte à livre a du succès: si vous avez des livres pour enfants en trop... vous pouvez les apporter et les ajouter, car ils partent très vite (nous sommes sur le chemin d'une école).

Le jardin se construit peu à peu, les fleurs se sucèdent, les figues apparaissent... la vie reprend.

En mai, nous recevrons en résidence Wayqui, conteur péruvien de grand talent, et KPG, qui viendra du Burkina Faso présenter son nouveau CD "Ragande"... et raconter des histoires, bien sûr.

C'est "la chèvre de Monsieur Seguin" qui sera à l'honneur en mai (21 et 22 mai). A l'occasion de la nuit des musées, le 21 mai, un programme exceptionnel vous attend à partir de 19h, avec au moins six conteurs qui vont se pencher sur la brave chèvre de Monsieur Seguin...

à très bientôt

en Avril: le secret de maître Cornille a été dévoilé
en Avril: le secret de maître Cornille a été dévoilé
en Avril: le secret de maître Cornille a été dévoilé
en Avril: le secret de maître Cornille a été dévoilé
en Avril: le secret de maître Cornille a été dévoilé

 

Et voici le nouveau conte imaginé lors des ateliers de ce week-end autour du "secret de maître Cornille" . Merci à tous els visiteurs qui ont ainsi laissé une trace dans la maison!

 

 

Le parisien et le vieux jardinier

 

Cette histoire se passe il y a bien longtemps.

Un écrivain nommé Alphonse Daudet commence à avoir du succès : ses livres se vendent bien. Il a besoin de paix pour travailler. Il décide de s’installer à Champrosay avec sa famille et d’y acheter une grande maison avec un jardin et un parc. Champrosay est un quartier de Draveil, à la campagne, avec des champs et des forêts, la Seine qui coule dans la vallée.

C’est ainsi qu’Alphonse Daudet déménage avec sa femme Julia et ses trois enfants, Léon, Lucien et Edmée. Ils sont heureux. Ils aiment inviter des amis artistes dans leur maison. La famille Daudet se promène en forêt, récolte des champignons ou des châtaignes. Alphonse Daudet va parfois pêcher avec ses amis dans la Seine, qui n’est pas encore polluée.

Dans son parc, Alphonse Daudet aime flâner. Il y reste toute la journée pour écrire ses contes. Parfois, il se rend au jardin qui comprend un potager et un verger. Pour l’aider, il embauche des jardiniers qui cultivent les meilleures plantes : salades choux, poireaux, carottes, pommes de terre, artichauts, épinards, haricots, pois, … il y en a pour tous les goûts. Un vieux jardinier, maître Camille, règne sur le jardin et sur les jardiniers. C’est l’ami des enfants, il leur enseigne l’art du jardinage et leur apprend à parler aux plantes... et surtout à les écouter et à les comprendre. Les enfants aiment y passer du temps et y cueillir toutes sortes de fruits : des fraises, des framboises, des groseilles, des prunes, des raisins, des figues, des pommes…

Julia, elle, prépare des soupes parfumées, des plats colorés et prend plaisir à cuisiner les récoltes du jardin.

Toute la famille apprécie les fruits et légumes maison et les offrent à leurs amis.

Mais un jour, les jardiniers se présentent devant Alphonse Daudet pour lui annoncer qu’ils désirent quitter ce travail : « On embauche juste en bas de la propriété et le travail est moins dur ». Tous, sauf le vieux maître Camille qui continue à désherber, à planter, à semer, à biner…

Alphonse et Julia sont étonnés : qui embauche dans cette campagne ?

Il s’agit d’un parisien qui vient d’acquérir les terres le long de la Seine. Il veut y cultiver des légumes pour nourrir la population de Paris. Les terrains sont bien placés :  il sera facile de livrer les produits par bateau. Il a trouvé un moyen de produire dix fois plus que tout le monde sur une même surface. C’est un chimiste et il a mis au point une poudre qui, mêlée à l’eau, fait pousser les plantes à vue d’oeil. En seulement dix jours, les pieds de haricot sont aussi hauts que la maison et couverts de gousses énormes, aussi grosses que des barques ! Incroyable ! Il a aussi mis au point des machines pour planter, arroser, cueillir : les hommes n’ont plus qu’à les piloter, bien installés dans un gros fauteuil confortable.

Le parisien est certain de gagner beaucoup d’argent, car ses légumes sont bien gros, bien juteux et très beaux à voir. Il a déjà conclu des marchés avec  les magasins les plus grands de la région et même avec les cantines scolaires de Paris.

Tout Champrosay est en fête : enfin, les habitants sont pouvoir bien gagner leur vie sans trop se fatiguer. Bientôt ils pourront eux aussi cultiver des légumes géants et peut-être même les exporter à l’étranger !

Alphonse Daudet, lui, est triste : terminée la tranquillité, le bon air et les bons plats !

Les enfants essaient quand même d’entretenir le jardin, aidé par maître Camille : « je me méfie de ces légumes monstres ! Ce n’est pas naturel, ça ne peut apporter que du malheur ! » dit-il.

Tous les hommes du quartier se mettent à l’ouvrage. Quelques jours plus tard, c’est déjà la première récolte chez le parisien ! Une véritable puanteur recouvre Champrosay, les gens sont obligés de mettre des masques pour aller dehors et il n’est plus question d’ouvrir les fenêtres ! C’est cette fameuse poudre qui dégage une odeur épouvantable. Mais les légumes sont là, alors personne ne se plaint. Les hommes du quartier récoltent d’énormes légumes. Chaque carotte père dix kilos, les poireaux sont aussi gros que des pins et chaque salade suffit à nourrir toute une école ! Ils sont heureux ! Des journalistes arrivent de Paris et même de l’étranger. Champrosay est enfin célèbre !

Triste, le vieux jardinier, décide d’aller voir de plus près. Il va se promener le long de la Seine avec les enfants Daudet, ramasse un petit pois tombé de la machine à récolter. Il est aussi gros qu’un œuf d’autruche, bien vert, bien brillant.  Curieux, il croque dedans. « Pouah ! c’est dégoûtant ! » dit il en recrachant. Le pois sent les égouts !

Les enfants Daudet racontent cette mésaventure à leurs parents. Alphonse Daudet sourit. Il a une idée. Il organise une soirée contes pour les habitants de Champrosay. Il placarde une affiche partout : « demain, venez chez Alphonse Daudet écouter les derniers contes de l’auteur, une surprise vous attend. Et, pour fêter notre nouvel arrivant, le parisien chimiste-cultivateur, apportez chacun un fruit ou un légume pour partager. » Bien sûr, il invite aussi le parisien, qui, tout content de pouvoir rencontrer le célèbre écrivain, arrive avec un gros panier de fruits. Tout le quartier est là. Les journalistes aussi sont venus. Chacun se demande de quelle surprise il s’agit.

Alphonse Daudet conte « le secret de maître Cornille » et tout le monde applaudit. Puis il propose de faire un buffet avec les légumes et les fruits apportés. Comme le buffet est beau ! Il y a des fraises énormes et bien juteuses, des pois bien verts, des salades tendres, des carottes orange fluo, des raisins de toutes les couleurs… Ils sont tellement gros, que les gens se demandent s’il ne sont pas, eux, devenus lilliputiens… C’est magnifique. Alors Daudet annonce : « voici la surprise tant attendue ! mais commencez par vous servir. » Tous se jettent sur le buffet coloré. Mais dès qu’ils mettent un morceau dans leur bouche, ils recrachent et courent se rincer la bouche. C’est épouvantable ! Une odeur de pourriture se répand dans la pièce. Les invités commencent à avoir mal au ventre, à la tête. Même le parisien est malade. Il ne comprend rien du tout.

Tous l’entourent et lui demandent ce que cela signifie. Ils sont furieux. Le parisien est encore plus malade qu’eux. « Mais c’est mauvais ! J’ai oublié de les goûter ! Je pensais qu’ils avaient le même goût que les légumes normaux ! D’où vient ce goût épouvantable ? C’est immangeable ! ».

Alors le vieux jardinier s’avance et dit : « il ne faut pas nourrir les plantes avec n’importe quoi ! Votre poudre magique, c’est nous qui la mangeons en consommant vos légumes ! Ce n’est pas une poudre magique, c’est du poison !».

Tous les invités rentrent chez eux pour se soigner. Ils sont découragés.

Le parisien repart le soir même à Paris. Il s’enferme dans son laboratoire pour trouver le moyen de nettoyer la terre de tous ces produits nauséabonds. Au bout d’une semaine, il revient et déverse des sacs entiers de poudre sur la terre. Peu à peu, la terre reprend son odeur de terre, les plantes sauvages se remettent à pousser normalement. Les enfants peuvent revenir jouer sur les terrains couverts de pâquerettes, de pissenlits, de bourraches, …

 Pendant ce temps, les habitants sont enfin guéris. Les jardiniers reviennent travailler chez les Daudet. Plusieurs voisins, qui ont eu tellement peur de se faire empoisonner avec  de la nourriture inconnue, se sont mis à cultiver eux aussi leur jardin. Ils demandent conseil à maître Camille, qui est très heureux de voir ainsi la terre se recouvrir de fruits et de légumes délicieux.

Alphonse Daudet peut reprendre son travail d’écrivain tranquillement, Julia s’amuse à échanger des recettes avec ses voisines et les enfants apprennent beaucoup de maître Camille, devenu le jardinier le plus célèbre de Champrosay.

Le parisien ? on ne l’a plus revu. Il parait qu’il a changé de métier. On dit qu’il travaille sur un grand projet de nettoyage des océans … mais personne ne peut vraiment l’affirmer.

 

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