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"Il était un petit navire"... qui transportait la chèvre de M Seguin

Les 16 et 17 juillet, le week-end était consacré à deux contes d'Alphonse Daudet: "Il était un petit navire" et "L'agonie de la Sémillante", parus dans l'Evènement il y a tout juste 150 ans.

Les visiteurs ont participé à la réalisation d'un collage sur le premier conte. C'est aussi ce premier conte qui a inspiré l'histoire du mois:

Le grand voyage de Monsieur Seguin

Alphonse Daudet, assis sur son banc en bord de Seine, tout en bas de sa propriété de Champrosay, cherche une idée de conte. Il voit arriver une drôle de petite barque. Elle est toute vieille, toute usée, mais semble aller bon train. La barque accoste juste devant l’écrivain étonné. Un vieil homme en sort précipitamment et s’exclame avec un fort accent provençal: « Oh ! Monsieur Daudet ! comme je suis content ! J’ai fait tout ce détour pour vous rencontrer ! » Du fond de la barque provient un tout petit bêlement : « bê, bê ». Etonné, Alphonse Daudet demande : « Mais d’où venez-vous ? ». « D’Amérique ! Je viens tout droit d’Amérique ». Alphonse Daudet est de plus en plus étonné. Le vieil homme lui raconte son histoire.

« Je m’appelle Monsieur Seguin, et j’habite une vieille maison près de Nîmes, là où vous êtres né. Je vis de peu : mon jardin et le lait de ma chèvre. Mais à chaque fois que j’amène une chèvre chez moi, elle réussit à s’échapper et file dans la montagne. Et là, le loup la dévore. Je sais bien que le loup rôde chaque nuit près de son enclos et lui raconte toutes sortes de fadaises pour la convaincre de s’enfuir. Alors j’ai eu l’idée d’aller chercher une chèvre très loin, dans un pays où on ne parle pas le français, ni le provençal… ainsi ma chèvre ne sera pas tentée par les belles paroles du loup. » Alphonse Daudet fait asseoir Monsieur Seguin à côté de lui et lui demande de poursuivre son histoire. « Eh bien, comme je n’ai pas le sou, j’ai fait appel à un de mes vieux amis qui était pêcheur du côté de Marseille et qui possède une barque dont il dit grand bien. Il a accepté de me la prêter, sans trop savoir ce que j’allais en faire. Puis, je me suis renseigné sur le port de Marseille pour apprendre les rudiments de la navigation et la route à prendre pour traverser l’océan. Et me voilà parti ! J’ai mis toute une année, ne mangeant que le poisson pêché et l’ail de mon jardin que j’avais emporté. Enfin je suis arrivé en Amérique. Eh beh ! Tout est grand là-bas ! J’ai réussi à amarrer ma barque sur un gros paquebot et je suis parti à la recherche d’une chèvre. Et la voici ! Elle s’appelle Blanquette. Elle ne comprend ni le français, ni le provençal ! J’ai rempli la barque de foin et nous avons fait ensemble le trajet du retour : encore un an sur l’océan. Et nous voici arrivés. Je n’ai pas pu m’empêcher de passer par Champrosay avant de regagner ma maison pour vous montrer ma belle Blanquette ! »

Alphonse Daudet ne sait pas ce qu’il doit croire de toute cette histoire. Le vieux Monsieur Seguin semble épuisé, mais heureux. Alors il l’invite à venir dans sa maison pour déjeuner autre chose que du poisson et se reposer dans un vrai lit. Les deux hommes emmènent aussi la chèvre, toute heureuse de brouter de ci de là de la vraie herbe, bien verte, bien tendre.

C’est ainsi que Monsieur Seguin et Blanquette passent toute la semaine dans la maison de Champrosay. Mais un matin, monsieur Seguin annonce son départ: « Il faut que je rentre et que je présente à Blanquette son nouveau domaine. ». Alphonse Daudet lui conseille de raconter son histoire, et même de l’écrire dans un journal de Provence : « C’est un bel exploit que vous avez fait là ! ». « Oh que non ! Jamais je ne vais raconter cela. On va penser que je suis fou, sénile… et on risque de me mettre dans un foyer en ville ! Sans ma Blanquette américaine! Ah certainement pas ! Je vais leur dire que j’étais parti chez mes enfants et qu’ils m’ont donné une belle petite chèvre… » Sur ces mots, il regagne sa barque avec sa chèvre et disparait.

Le soir même, Alphonse Daudet se met à son écritoire et quelques jours plus tard paraissent deux nouveaux contes : « Il était un petit navire » et « La chèvre de Monsieur Seguin ».

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